
Encore jeune et avide d'expériences, vous souhaitez étudier la politique européenne ? Qui plus est, vous parlez allemand et français ? Vous n'avez alors que l’embarras du choix : Sciences Po ou Powi ? Serez- vous étudiant en politique à Berlin, à Paris, Strasbourg ou Brème ? La décision du lieu d’études doit être bien réfléchie, car elle prend une toute autre allure selon l’endroit.
Aux étudiants encore indécis, il faut offrir un moment d’adaptation d’une vie étudiante en sciences politiques en France ou en Allemagne. On peut déjà dresser un premier bilan : on étudie de manière plus décontractée en Allemagne, alors qu'en France on trouve moins difficilement un job... Ce qui convient à chacun doit être décidé sereinement.
"PoWi" : l'expérience de la globalité
Vous avez opté pour la "Politikwissenschaft" (PoWi) en Allemagne ? Les étudiants que vous rencontrerez (et auxquels vous finirez peut-être par ressembler) sont, en soi, des étudiants ordinaires, peut-être un peu plus artistes et alternatifs, moins ennuyeux que les informaticiens, moins coquets que les étudiants en économie, mais qui se sentent sûrement dans la masse des jeunes gens instruits. Pour l’instant, on ignore le cas particulier de l’étudiant en politique qui vote FDP (Freie Demokratische Partei, le parti a tendance libérale en Allemagne, qui renvoie à un mouvement progressiste), parce qu’il ne rentre pas vraiment dans le même « moule » et fait généralement partie de la minorité au campus.
Les étudiants choisissent si peu de séminaires qu’il leur reste encore du temps pour un job et l’engagement, quasi obligatoire, dans les organes politiques de la fac et les associations étudiantes très connues: Amnesty international, Greenpeace, Model United Nations ou les Jeunes Européens. Commencer une carrière, n’importe laquelle – impose aux jeunes diplômés de choisir au moins entre l’Asta ou le Studierendenparlament, le parlement des étudiants.
En dehors de toutes ces activités, il reste donc très peu de temps pour les amphis. C’est pourquoi les séminaires, et parfois les exposés, sont choisis avec soin et à la carte. Au final, le travail sur l'exposé occupe généralement l'étudiant plus de 20 heures hebdomadaires… sans compter les "vacances", qui servent souvent à terminer les « Hausarbeiten » (mémoires), avant de partir en séjour linguistique en Amérique du Sud ou en Asie. Ce type de séjours prolongés à l’étranger ou de stages détermine ainsi fortement le parcours individuel des études.
En Allemagne, celui qui étudie les sciences politiques européennes sait pertinemment qu'il ne souhaite pas faire carrière comme parlementaire ou élu local. Pour cela, il y a les professeurs et les juristes. Les politistes, eux, observent l’arène politique et apportent leurs critiques. Parmi les métiers souhaités, on voit plus souvent « ONG ». Un terme élastique qui peut tout et rien dire mais qui souvent signifie : évaluer le "système" de l’extérieur et l'améliorer .
L’avantage de ce système, plus ouvert qu'en France, réside dans l’autonomie développée de l’étudiant. Celui-ci ne fait vraiment que ce qui l'intéresse, et le plus souvent avec passion. Etudier est donc un tel plaisir que certains étudiants ne veulent plus quitter les amphis : après un Master de« PoWi », il n’est pas rare de devoir chercher un job pendant encore un an ! Et le premier salaire risque d'être faible. De quoi décourager parfois, quand on sait que les branches marketing ou relations publiques auraient permis de gagner plus d’argent et que des profils tels que secrétaires sont plus recherchés par les employeurs.
Sciences-Po, ou l'art du bourrage de crâne ?
En France, on change d’univers. Si Sciences-Po Paris constitue le "Graal" des étudiants en politique, on saura se "contenter", parfois avec un certain dépit, de l’un des 8 autres IEP de France. Sciences-Po est LA grande école et la conscience des étudiants y est souvent élitiste. Beaucoup d’étudiants ne se distinguent pas seulement par un nom particulier et une certaine affection de la mode, mais aussi par une ambition professionnelle. Les étudiants français en sciences politiques sont alors plus proches des juristes allemands. L’atmosphère intime / alternative des PoWis contraste avec l’autre côté du Rhin, notamment du point de vue de l’emploi du temps des études : 40 heures hebdomadaires d’amphi, c'est-à-dire 40 heures mot pour mot. Prendre en note les discours des maîtres de conférences y est monnaie courante… ce qui peut-être explique le peu d’engagement de l'étudiant français.
Les associations politiques ou les groupes universitaires, qui ne s’occupent pas directement des intérêts universitaires (comme l’organisation des galas universitaires) n’existent presque pas en comparaison avec l’Allemagne. Un vide dans les listes d’Amnesty International et l’UNICEF. On trouve quelques rares associations de sport, comme le basket pour relaxer les mains déformées par l’écriture. Si les étudiants français savent faire la fête, il faut reconnaître qu’en tant qu’étudiant á sciences politiques, on est étudiant à plein temps : entre l’amphi et la bibliothèque, il reste peu d’instants privilégiés pour les fêtes ou les rencontres familiales.
En termes d’objectif professionnel, la différence est aussi importante : l'étudiant allemand comprendra difficilement que son homologue français rêve d'une carrière en politique. Apprendre et travailler dur pendant plusieurs années (souvent 5) a pourtant ses avantages, celui notamment d'ingurgiter une grande quantité de savoirs. Il est tout de même difficile, au pays d’Auguste Comte, de mettre en question ce savoir, d’en avoir une vision distancée et autocritique, démarche au contraire valorisée en Allemagne. Le deuxième gros avantage, quand on sort d'un IEP, et surtout de Sciences-po : l'emploi, moins difficile à trouver qu'en Allemagne.
Après cette brève introspection de ces 2 systèmes, voire des différentes "personnalités" des étudiants allemands et français, il n’est pas difficile de choisir entre Sciences Po et PoWi. Un résumé avec quelques mots clés, comme dans certains tests de magazines suffirait (4 ronds cochés ? vous avez une affinité avec lui). A moins d'opter pour des études de droit dans une grande école allemande, alternative qui offre un bon compromis entre avantages et inconvénients de PoWi et de Sciences Po.
Les Euronautes, en collaboration avec Bettine Gola,
étudiante à l'IEP de Strasbourg

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Chère Bettine, Merci pour cet article, je ne connaissais pas du tout "Powi". Par contre je connais un peu Sciences Po paris pour y être étudiant en master affaires européennes. Je ne sais pas si ta description de Sciences po est basée sur l'IEP de Strasbourg ? Pour ce qui est de Paris, j'aurais quelques remarques :
- beaucoup des étudiants sont européens, ou viennent d'autres formations que Sciences Po, et l'ambiance n'est pas spécialement "élitiste"... C'est un des masters les plus sympas de Sciences Po, avec environ 65 étudiants ce qui fait un bon esprit de promo.
- certes on travaille, mais on est loin de 40 heures par semaine d'amphi ! Ce serait plutôt 25 heures, dont la moitié en amphi...
- la plupart des étudiants sont engagés dans des associations, européennes ou pas, il reste du temps pour cela, et heureusement !
- on a des noms plutôt normaux je crois...
- on est mal habillés ;) ...
En tout cas cela vaut pour l'IEP de Paris, je ne connais pas l'ambiance ailleurs.