Mobilité des apprentis : "développer son savoir-faire et ses compétences personnelles"
Les initiatives visant à favoriser la mobilité des apprentis se multiplient en Europe. Comment en profiter ? Ou partir ? Pour quels avantages ? Philippe Perfetti, directeur adjoint à la direction de la formation et de l'emploi de l'APCM, répond à toutes ces questions.

Les Euronautes : en tant qu'apprenti, quand puis-je effectuer mon séjour de mobilité ?
L'Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat (APCM) représente l’ensemble du réseau des chambres au niveau national, européen et international. Elle a sous sa tutelle 112 centres de formation d'apprentis (CFA), qui forment environ 100 000 apprentis. Elle accompagne également les entreprises dans la formation des apprentis.
Philippe Perfetti : "Partir en séjour de mobilité est possible à n'importe quel moment de la formation. Très souvent, ce sont les CFA (Centres de formation des apprentis) qui pilotent ces séjours.
En général, il y a 2 possibilités. Soit on part au tout début de la formation, après les 3 premiers mois. L'objectif est de mieux appréhender la réalité du métier. Par exemple, on renforce sa condition d'apprenti électricien en allant voir comment on s'occupe de l'électricité dans un autre pays. Certains nouveaux venus vont ainsi pouvoir partir dès le mois de janvier. Soit (et c'est le plus fréquent) on part au début de la 2e année, pour permettre l'acquisition de savoir-faire et de compétences professionnelles.
Un séjour de mobilité dure entre 2 et 4 semaines. L'apprenti passe 70% de son temps dans une entreprise, sous la responsabilité d'un tuteur en entreprise. Le reste se passe dans un centre de formation.
Et souvent, les apprentis déjà partis demandent à participer à un autre programme de mobilité, pour se préparer à leur future expatriation. On propose alors des parcours plus longs pour ceux-là. Et les employeurs européens sont tout à fait intéressés par ce type de profil".
Les Euronautes : dans quels pays puis-je partir ?
Sur les 100 000 apprentis de CFA, 500 à 600 partent chaque année en séjour de mobilité. Un chiffre qui reste faible, mais qui augmente… L'accueil des apprentis européens dans les entreprises françaises est aussi en augmentation.
Ph.P. : "Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il n'est pas forcément plus simple d'aller dans un pays frontalier de la France. Cela dépend plutôt de la proximité entre les systèmes : plus le système du pays partenaire est comparable au système français (comme en Autriche, en Allemagne ou en Hongrie), plus le séjour est facile à organiser. Avec le Royaume-Uni ou la Lettonie par exemple, c'est très compliqué. Mais ça va changer !
Mais on peut aujourd'hui envoyer des jeunes partout en Europe (même si cela reste un peu plus compliqué pour Chypre et Malte, où l'organisation de la formation est très particulière).
Le séjour dépend aussi des organisations professionnelles : les secteurs de l'automobile, du bâtiment ou de la boulangerie, ont envie de développer la mobilité, donc les réseaux se construisent plus facilement".
Les Euronautes : quels sont les avantages d'un tel séjour ?
Parallèlement à la gestion des CFA, l'APCM organise directement la mobilité de jeunes diplômés (CAP, Brevet de maîtrise, bac pro…) à travers le programme SESAME. Chaque année, 60 à 80 jeunes partent pour un séjour de 6 mois dans ce cadre… et sont fréquemment embauchés ensuite par leur entreprise d'accueil.
Ph.P. : "Pour les apprentis, il y a d'énormes avantages en termes d'acquisition de savoir-faire. Il est important d'aller chercher ces savoir-faire dans d'autres pays, là où ils sont les mieux maîtrisés. Ce type de séjour renvoie un peu à la tradition de compagnonnage dans les métiers de l'artisanat.
Pour prendre l'exemple de la boulangerie, il faut savoir qu'en Allemagne ou en Italie, les pains sont pas les mêmes. Partir 6 mois dans un autre pays permet d'avoir d'autres cordes à son arc, de vendre d'autres produits, mais aussi de connaître d'autres modes d'organisation : si en France le boulanger participe à toutes les activités de l'entreprise, en Italie ou en Allemagne, l'organisation est beaucoup plus segmentée. Voir comment on peut travailler dans une organisation différente est donc particulièrement intéressant en termes d'adaptabilité à l'emploi. Et c'est valable pour toutes les formations a priori. Je ne vois pas d'activité que la mobilité ne concerne pas.
Mais il y a aussi tout ce qui relève de l'initiative, de l'autonomie, de la prise de risque et du sens de la responsabilité. On se rend compte que la mobilité européenne développe énormément les compétences "transversales", "personnelles". Celles-ci sont de plus en plus importantes sur un marché du travail où les gens sont en mobilité permanente. Elles sont également essentielles dans l'accès aux responsabilités de chef d'entreprise. Dans le secteur de l'artisanat, la moitié des chefs d'entreprise aujourd'hui sont d'anciens apprentis !
Si l'artisanat est généralement une économie de proximité (sauf exception, le boulanger vend sa production dans son quartier), il est cependant extrêmement important de développer la mobilité des apprentis (notamment boulangers), afin de développer leur capacité d'entreprendre. Donc la mobilité peut leur apporter des connaissances mais aussi des compétences personnelles.
Enfin, il y a aussi des avantages pour les entreprises qui envoient leurs apprentis à l'étranger : former un apprenti c'est former le chef d'entreprise de demain, c'est aussi participer à une forme de citoyenneté européenne et c'est surtout ramener des savoir-faire, un dynamisme et une motivation supplémentaire de l'apprenti à son retour".
Les Euronautes : est-ce qu'il est plus facile de trouver un emploi ensuite ?
Ph.P. : "Il n'existe pas de véritable étude sur l'impact de la mobilité en termes de débouchés professionnels. Mais ce qui ressort d'autres études qualitatives auprès des entreprises, c'est que la mobilité constitue une véritable valeur ajoutée pour l'entrepreneur. Il faut bien sûr ensuite que l'apprenti soit capable d'expliquer ce qu'un tel séjour lui a apporté.
Les Euronautes : Comment dois-je me préparer à un tel séjour ?
Leonardo est le programme européen qui gère la mobilité des apprentis. En savoir plus
Ph.P. : "L'essentiel du séjour est pris en charge, y compris financièrement, par le CFA. Mais l'apprenti doit lui-même s'investir dans le projet. Il prend contact avec l'entreprise dans laquelle il va travailler, et… se prépare à apprendre. Il doit "rendre son cerveau disponible à la mobilité" ! Ce séjour doit vraiment être considéré comme une partie de la formation.
Financièrement, l'apprenti est pris en charge dans le cadre d'une bourse de mobilité, qui est versée directement à l'apprenti ou au CFA qui prend en charge les frais. Ce sont souvent des groupes (une douzaine de jeunes) qui partent ensemble".
Les Euronautes : combien d'écoles organisent ce type de séjour ?
L'APCM est à l'initiative d'un projet d' "Erasmus des apprentis".
Ph.P. : "Sur les 112 CFA que nous gérons, 50 ont des opérations de mobilité régulières, c'est-à-dire des partenariats reconduits d'année en année. Certains ont même des vraies "sections européennes" ou des consortiums. Dans les autres, les opérations sont plus ponctuelles. Mais l'objectif est que tous les CFA mettent en place ce type d'actions.
Une des difficultés aujourd'hui est de pouvoir faire sortir l'apprenti de l'entreprise pour lui faire bénéficier de la mobilité. Le contrat de travail de l'apprenti l'oblige à passer au moins 60% de son temps en entreprise, ce qui peut rendre sa mobilité un peu plus compliquée. Quand l'apprenti veut partir se perfectionner en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, il doit voir non seulement avec son centre de formation mais aussi avec son employeur. Mais l'APCM intervient sur les 2 plans pour rendre ça plus fluide.
Et les initiatives pour favoriser la mobilité se multiplient, de la part d'entreprises automobiles, de conseils régionaux, de régions d'Europe. La Commission européenne souhaite quant à elle créer un "réseau des réseaux" de mobilité des apprentis, plus structuré donc plus cohérent. Globalement, on essaie de donner à la mobilité des apprentis plus de visibilité et de cohérence".
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