L’Europe est à nous ! Récit d’un voyage InterRail

Pass Interrail en poche, Elisa et Mathieu sillonnent l'Europe depuis le 1er Septembre. Pendant 2 mois, vous les avez accompagnés à Londres, Berlin, Prague, et Stockholm, noté les bons plans des capitales européennes et comparé leurs systèmes universitaires.

 

Pour finir leur périple en beauté, pouvaient-ils choisir mieux qu'Istanbul ? L'atmosphère irréelle de la ville, située à l'extrémité du continent européen, leur donne l'occasion de rassembler leurs souvenirs...

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28 septembre 2009. Ortakoy, petit quartier excentré d'Istanbul. Pommes de terre fourrées et volutes de narguilé, antiquaires et bouquinistes, soleil ardent et souffle d'Orient. Et le Bosphore qui serpente, qui éblouit, qui fascine. Au loin, les lumières dorées s'abattent sur les minarets de Sainte-Sophie. Demain,  un avion nous ramène en France. Et là, déjà forcément, face à la mer, les souvenirs défilent. Un jour, le bazar égyptien et toutes ses épices, ses couleurs, ses arômes ! Une semaine et un train roumain, perdu en Transylvanie, et ses paysages hors du temps, ses sapins, cette rivière, cette quiétude ! Un mois et une succession de quais de gare, d'attente, d'incertitude, d'excitation, de voyage et d’émerveillement.

 

 

Le capitalisme, des bières belges et un curieux personnage

Bruxelles

 

Le 1er septembre. Un train : Paris-Calais. Un bateau, une bière et un train plus tard : Londres. Des bus rouges, des panneaux publicitaires, la capitale anglaise se montre tout de suite immense. Et cosmopolite. Il suffit de prendre le métro et d’y croiser golden-boys et étudiants, blancs, indiens ou africains, pauvres ou riches. Pour Amélie, cousine incroyable qui nous héberge pour deux jours, peu importe sa couleur de peau ou son origine, « Londres est tellement grande que vous passerez toujours inaperçue ». Il y a dans ce mode de vie aux accents pop-rock une âme, une culture citadine assez exceptionnelle, dans son dynamisme et ses excès. Le capitalisme n’est pas bien loin.

 

Une échappée à Oxford, ville-université et temple du savoir, et nous voilà déjà, trois jours plus tard, dans un bateau nocturne pour les Pays-Bas. Où un ami, non que dire, un prophète, nous héberge pendant cinq jours à Sittard, à quelques kilomètres de la frontière allemande. Profitant d’une liberté de déplacement ferroviaire, et d’une indescriptible envie de mouvement, ce sera la fête de la bière à Bruxelles, toujours autant de houblon belge au cœur de la vieille ville de Bruges, et des flâneries à travers les canaux d’Amsterdam. Et une flamme au cœur : celle du voyage et de la jeunesse. Car dans ces trains, ces compartiments : des surprises. Comme cet homme entre Amsterdam et Copenhague, de nuit. Qui s’assoit et nous demande de nous tourner, par ce qu’il voulait se changer. InterRail, c’est aussi des rencontres…

 

 

2 roues, 14 îles et 1 ananas

Stockholm

 

La Scandinavie. Le pays des vélos et de la sociale-démocratie. Deux jours à Copenhague. Le temps de découvrir les beautés de la capitale danoise, mais aussi ses prix. Nous nous alimentons dans des supermarchés, découvrons les joies du camping, et de la vie avec quelques couronnes. La frontière suédoise et Malmo ne sont qu’à quelques kilomètres. Un train de nuit pour Stockholm, la ville aux 14 îles. Là, le premier choc du voyage. Stockholm, au petit matin, l’aube et les reflets dorés du soleil sur les murs ocres de la vieille ville. Et tout autour, la mer, et ce silence. Au nord de l’Europe, il fait bon être poète.

 

Avant de rejoindre, Berlin, toujours de nuit, et en couchette. D’ouvrir l’œil et d’apercevoir la cathédrale de Cologne, entre deux gares. A Berlin, le jour est plutôt gris, comme la façade des bâtiments. Mais la nuit... Une amie, encore, et berlinoise, nous propose de nous faire découvrir la ville, de ce Berlin alternatif et indescriptible, et d’une vie nocturne exceptionnelle. En guise de récompense et de cadeau, nous lui offrons un ananas, qu’elle accepte (très bonne amie)… Et qu’elle oublie. Il finira sec et démuni dans une chambre d’auberge de jeunesse. InterRail, c’est aussi des déchirements.

 

 

Le Danube, des charrettes et Dracula

Budapest

 

De Berlin, direction Prague. L’une des plus belles villes d’Europe. Avec ses tavernes tchèques et ses habitants affables, son architecture gothique son centre médiéval, Prague a une âme. Et il est facile de tomber amoureux de ses pavés, de sa bière à moins d’un euro et de ses terribles goulaschs. Il faudra plus qu’une amande dans le tramway, beaucoup plus, pour nous éloigner de la perle de l’Europe centrale. De Prague, un train de nuit pour Budapest. Une journée sportive et agréable au bord du Danube, avant un autre train de nuit (15 h de train) pour Bucarest. Là, le miracle d’InterRail : s’échapper, et fuir, vers de nouveaux cieux. Rien à Bucarest, des bâtiments carrés et lisses de Ceausescu aux avenues aussi larges que bruyantes, ne nous incitait à rester, découvrir et s’émouvoir. Trois heures ont suffit. La Transylvanie pointait déjà du haut de ses conifères et de ses vallées inquiétantes. Le train lent, prend son temps, comme s’il nous laisse admirer les paysages. Il y a Brasov, cité médiévale et capitale de la région, puis Bran et son château, celui-là même qui a inspiré Bram Stoker dans sa description du château de Dracula. Et puis, il y a ce bus roumain entre Brasov et Bran, ce banc en peau de chèvre et ces charrettes au dehors. La campagne roumaine, magnifique et pleine de surprises, dépayse. Enfin, Shigisoara, autre choc après Stockholm. Une soirée mystérieuse, belle et pluvieuse dans une vieille ville gothique, en plein cœur de la Transylvanie. InterRail transporte au-delà de l’imaginaire.

 

 

Un petit chien, muezzin & mezze

Istanbul

 

Sofia, capitale de la Bulgarie. Une ville pas très jolie, mais surprenante. Un petit Berlin, avec ses lieux branchés, alternatifs. Comme cet appartement, aménagé en bar. Mais un déchirement avec des centaines de chiens errants en liberté. Comme ce petit chien, ce bébé, hurlant à la mort, sur le seuil d’une porte. C’est là qu’on sent un peu plus la pauvreté – la Bulgarie a le PIB le moins élevé de l’Union européenne – aux portes de l’Orient, d’un autre continent.

 

Et puis, il y aura Istanbul. Une semaine de bonheur. Trois nuits d’auberge dans Sultanahmet, le vieux centre avec La Mosquée Bleue et toutes les merveilles historiques, et trois nuits à Beyoglu, l’Istanbul moderne avec ses pubs, et son mode de vie laïque. Cette ville, la plus grande d’Europe, est une ode au romantisme, à l’histoire et au dépaysement. Fondée sur sept collines, entourée de deux mers, et séparée par un détroit qui marque la frontière entre deux continents, la nouvelle Rome émerveille constamment. Du chant du muezzin et des mouettes qui s’envolent sur la coupole de Sainte-Sophie, aux délices des mezze… Il aura fallu tous ces trains, ces gares et ces compagnons de voyage pour atteindre le bout de l’Europe… Un train passera, mais les souvenirs resteront. Voyagez, découvrez, envolez-vous !

 

Elisa PERRIGUEUR et Mathieu MARTINIERE

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